The best wines of South of France, interview by Ian Cauble

En Février dernier, le Maître Sommelier Américain Ian Cauble, qui publie régulièrement des newsletters sur ses différentes dégustations, a fait le constat suivant : alors que les professionnels se focalisent exclusivement sur le nouveau millésime, il y a des rosés 2014 qui se dégustent encore mieux après un an en bouteille que dans leur jeunesse.
Je me suis souvent plaint que la mode autour du vin rosé, en particulier les rosés de Provence, nous obligent nous producteurs, à nous plier à des contraintes de plus en plus restrictives, en terme de couleur, de profil gustatif ou de durée de vie. En effet, le marché attend d’un rosé qu’il soit
a) Très pâle, avec des nuances ni trop violine, ni trop orangées
b) A moins de 14% d’alcool, avec un minimum de tannins, le plus d’arômes fruités possible, d’être désaltérant, et c’est tout.
Comment se fait-il que l’on célèbre, encourage et même recherche la diversité des styles pour les vins rouges et blancs, et pas pour les rosés ? Telle une danseuse de ballet, que l’on oblige à avoir une morphologie bien particulière, et à qui il n’est permis que de réaliser des pas prédéfinis, le rosé ne semble pas pouvoir sortir de ces stéréotypes.
En tant que producteur, je ne devrais pas me plaindre, les ventes de rosé n’ont jamais été aussi bonnes. Et en toute honnêteté, j’aime ce style de rosé, de même que le ballet. Mais en tant que vigneron passionné par son art, je suis frustré de devoir museler ma créativité.
Je me demande ce qui à l’origine de ce phénomène. Est-ce l’intelligence collective des consommateurs qui ont réalisé ces dernières années que les rosés respectant ces critères sont en général meilleurs ? Ou au contraire, est-ce que ce sont les professionnels qui ont sur-simplifié le rosé pour le rendre plus accessible au plus grand nombre et le vendre plus facilement?

Un élément cependant me parait intéressant : les professionnels qui défient cette orthodoxie ne sont généralement pas de Provence, comme Ian Cauble par exemple, qui est américain.

Sommelier's preferred cotes de provence, the cuvée AureliaCette année, je lance une nouvelle cuvée « Aurélia », nommée d’après mon premier enfant, née pendant les vendanges 2015. Cette cuvée est clairement en violation de toutes les règles du rosé de Provence, mais presque toutes les 6000 bouteilles produites sont déjà pré-vendues, et seulement quelque dizaines en France !

Voici la traduction de l’article de Ian Cauble :

« Le printemps est en train d’arriver, et les rosés 2015 vont bientôt inonder le marché. Mais en vérité, les rosés les plus qualitatifs de Provence ont besoin de plus d’un an pour s’épanouir complètement. Les rosés 2014 commencent tout juste à s’adoucir, et atteignent leur période idéale de dégustation. Dégusté aujourd’hui, l’Esprit de Provence rosé du Domaine du Grand Cros a la parfaite structure, texture, minéralité et fraicheur. Ce vin est exactement ce que nous cherchons dans un grand rosé et a atteint une douceur qui va durer encore quelques années. Pour moins de 25 dollars la bouteille, c’est exactement ce que nous recherchons parmi les meilleurs exemples de rosés au monde. »